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Le tourisme sexuel à Saly : atout de l'économie
locale ?
A l'heure où les départs en vacances battent
leur plein en France, la recherche de lieux de farniente est
au centre des préoccupations des métropolitains.
Cette recherche atteint son comble quand les médias
français s'y mêlent à leur manière,
surtout quand on ne sait pas s'ils mettent en garde leurs
ressortissants ou, au contraire et de manière implicite,
leur proposent des destinations.
En effet, à deux mois d'intervalles, deux reportages
diffusés sur France 2 télévision, portant
la pédophilie et le tourisme sexuel au Sénégal
ont heurté la conscience de tout africain vivant en
France, et les Sénégalais en particulier. L'enquête
menée par Dorothée Cochard, B. Baye, M. Niang
et G. Leboeuf sur le tourisme sexuel à Saly présentée
par Carole Gaessler dans l'édition (mercredi 23 juillet
2003) du journal télévisé de France 2,
repose dans toute son ampleur le problème du tourisme
sexuel, entendu au sens large comme «le fait pour une
personne de faciliter ou de commettre un acte d'ordre sexuel
contre un enfant sur le territoire d'un Etat dont elle n'est
pas ressortissante, lequel acte constituerait une infraction
s'il était commis sur le territoire de l'État
d'origine de son auteur» au Sénégal.
La précaution prise par la présentatrice du
journal en affirmant en prélude de la diffusion «attention
certains propos contenus dans l'enquête peuvent heurter
certaines consciences» signifie-t-elle une mise en garde
? Celle d'interdire aux enfants de visionner une enquête
accompagnée d'images et de paroles très choquantes
? ou encore, de faire comprendre aux citoyens français
que de telles attitudes bannies par la législation
en vigueur en métropole peuvent être tolérées
par d'autres législations et sénégalaise
en particulier ? ou simplement de faire savoir que la station
balnéaire Saly au Sénégal présente
moins de risques, à tout point de vue, pour leurs compatriotes
déviants et devenus, du coup, des «violeurs légaux»
? Quoi qu'il en soit, l'enseignement que l'on est en droit
de tirer de toute enquête qui nous a été
présentée est que le tourisme sexuel se développe
à un rythme exponentiel à Saly et fait, de plus
en plus, partie intégrante de l'économie locale.
Ces reporters vont même jusqu'à affirmer qu'il
constitue «l'atout principal du site». Cette affirmation
est d'autant plus plausible que les hôtels implantés
sur ce site cautionnent et entretiennent la prostitution du
fait qu'ils en tirent un très grand profit. Cependant,
il relèverait du non-sens, de notre part, de vouloir
interdire «le plus vieux métier du monde».
Mais faut-il pour autant aller jusqu'à cautionner cette
dérive de la «marchandisation de la femme»
? De surcroît quand il s'agit de prostituées
mineures.
La destination idéale doit, pour ces «violeurs
légaux», réunir beauté des paysages
et des plages, intérêt des sites archéologiques,
soleil, chaleur et exotisme. C'est la base. Le cours du change,
la naïveté de jeunes filles ou de jeunes garçons
rêvant d'accéder à l'univers de la consommation,
la misère qui permet d'acheter pour rien, n'importe
quelle forme de sexualité, l'absence d'une législation
protégeant, de fait, les mineurs feront le reste. Ils
savent qu'ils sont «attendus» partout où
des hommes, des femmes, des enfants sont prêts à
tout pour une poignée d'euros ou de dollars.
Au moment où le code pénal français
punit d'une amende de 5e classe (1 500 euros) le racolage
qui est le "fait, par tout moyen, de procéder
publiquement au racolage d'autrui en vue de l'inciter à
des relations sexuelles", le Sénégal peut-il
se permettre de prôner une politique laxiste à
l'égard de la prostitution et de surcroît se
transformer en un terreau fertile pour toute forme de débauche
à laquelle se livrent, sans commune mesure, les occidentaux
en général.
Selon le rapport du Pnud (Programme des Nations unies pour
le développement) de juillet 1999, l'exploitation sexuelle
des femmes et des fillettes représenterait 7 milliards
de dollars annuels dans le monde. Ce qui classe le tourisme
sexuel, aujourd'hui considéré comme le 3e commerce
illégal par ordre d'importance dans le monde, juste
après la drogue et les armes.
191 pays ont déjà signé la Convention
internationale des Droits de l'Enfant. Les signataires s'engagent
à protéger les mineurs de moins de 18 ans et
à poursuivre ceux qui les exploitent. Mais pour passer
de l'intention à la pratique il faut franchir tant
d'obstacles d'ordre politique, économique, législatif,
judiciaire que beaucoup de pays déclarent forfait.
Ces excursionnistes de l'amour payant imaginent-ils ce que
leur passage entraîne comme ravages ? La prostitution
est un fléau pour toutes les civilisations. Même
si, d'aucuns affirment que sur la planète des centaines
de milliers de familles survivent de ses subsides. Alors une
de ses causes serait la précarité économique
et l'absence d'alternative socioprofessionnelle pour ces jeunes.
Quand la misère sévit, prostitution adulte et
prostitution enfantine ou adolescente vont presque toujours
de pair. Et nombreux sont les touristes qui, sautant les frontières,
s'autorisent à «oublier» les interdits
en vigueur dans leur pays - et se croient, dans l'anonymat,
à l'abri des lois. Pour eux, la planète est
devenue un immense lupanar. Pour qu'un voyage soit réussi
et qu'ils puissent pratiquer, tel le trekking ou le surf,
ce loisir particulier qu'est le tourisme sexuel, le pays doit
offrir des attraits qui ne sont pas tous détaillés
dans les agences de voyages.
La ratification de la Convention des Nations unies relative
aux droits de l'enfant, par le Sénégal, témoigne
bien de sa détermination à protéger les
droits des enfants, y compris en matière d'exploitation
sexuelle tant au pays qu'à l'étranger. L'article
34 de la Convention oblige les Etats à prendre des
mesures pour protéger l'enfant contre toute forme d'exploitation
sexuelle et pénaliser les clients. Mais hélas,
si sur papier, toutes les mesures existent pour combattre
le tourisme sexuel, c'est la volonté politique qui
est douteuse.
L'aspect le plus incongru que met en relief le reportage
de ces journalistes est le fait que les prostituées
qui fréquentent les villages résidents de Saly
sont des potentielles porteuses du virus d'où les contrôles
stricts de leurs carnets de santé auxquels se livrent
les gardiens des villages. Ces consignes, selon ces derniers,
émanent des directions des hôtels. Cette posture
avance l'hypothèse implicite que seules les prostituées
sont susceptibles de transmettre le virus aux clients occidentaux
alors qu'il est aujourd'hui admis que la transmission de ce
fléau est réflexive. D'ailleurs notre assertion
est confirmée plus loin par l'enquête que ces
reporters nous ont présentée. En effet, interrogeant
à l'aide d'une caméra cachée une prostituée
mineure sénégalaise, cette dernière fait
savoir les sévices corporels auxquels ses clients touristes
lui infligent. Les affirmations de cette prostituée
mineure fleurent l'indicible quand les touristes lui proposent,
pour la somme dérisoire de 25 euros soit 16 399 FCfa,
des parties à trois pour une semaine ou des parties
de sodomie. N'est-ce pas là des comportements à
risque capables de transmettre le virus du sida ? D'autant
plus qu'aujourd'hui en France, un nouveau mouvement, celui
des «barbakers», gagne de plus en plus du terrain
et dont ses adeptes prônent avec véhémence
les relations sexuelles sans aucune précaution des
porteurs du virus. Cette politique du laisser-faire à
laquelle se livre le gouvernement sénégalais
met à nu toutes les valeurs sur lesquelles repose notre
société et corrobore la conclusion à
laquelle ont abouti les auteurs de cette enquête : «le
business laisse certes des blessures morales mais il rapporte».
Et comme il rapporte au point de devenir un des piliers du
développement de notre économie, l'attitude
opportuniste semble de mise. C'est ce que semble confirmer
la politique libérale de notre gouvernement. Dans tous
les cas de figures, cette attitude anéantit les actions
de certaines organisations non gouvernementales et associations
qui consacrent tant d'efforts aussi bien contre les abus sexuels
dont sont victimes certaines femmes qu'à la lutte contre
la prostitution des mineures, etc. Lutte contre laquelle notre
gouvernement semble prendre un retard considérable
et par rapport à laquelle il ne fait aucun effort pour
stopper ce mal qui gangrène considérablement
notre société avec son cortège de malheurs
inhérents comme le Sida entre autres.
Wal Fadjri - 08.08.03
DIOP Moussa Cerso , Paris-Dauphine
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