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OUSMANE MASSECK NDIAYE, MINISTRE DU TOURISME : «Notre
objectif : 1 500 000 touristes en 2010»
Article publié dans l'édition du Lundi 22 décembre
2003 du Soleil
Nommé à la tête du ministère du
Tourisme rouvert en juillet 2001, Ousmane Masseck Ndiaye décline
les nouvelles ambitions d’un secteur en passe d’être
reconnu parmi les leviers de l’économie nationale
sénégalaise par sa contribution au PIB et dans
la lutte contre la pauvreté. Mais, l’objectif
assigné pour 2010, soit 1,5 à 2 millions de
touristes, suppose un ensemble de mesures hardies allant de
l’assainissement du secteur au défrichage de
nouvelles zones, sans oublier la mise en place des infrastructures.
Le ministre en a révélé les principales
lignes de force lors du lancement de la saison 2003-2004 à
Saint-Louis sur le thème du tourisme durable.
OBJECTIF REORGANISATION
Nous avons un objectif clair : en l’an 2010, nous devons
atteindre 1500 000 touristes. Or, nous sommes actuellement
à 19 200 lits. Si on n’augmente pas cette capacité
en lits, on ne pourra pas accueillir les touristes. Dans la
planification, en l’an 2010 il est prévu 50 000
lits. La question est de savoir dans quelle zone on va les
accueillir? C’est pourquoi il faut diversifier les zones
à vocations touristiques. Ce sont des questions qui
sont un peu liées. Le Sénégal a des zones
à vocation touristique. C’est la raison pour
laquelle au niveau de Saint-Louis, on a un seul chef de service
régional qui coiffe 3 régions : Louga, Matam
et Saint-Louis. Et ce n’est pas à l’Etat
de construire des réceptifs, mais de créer les
conditions d’accessibilité pour permettre aux
futurs promoteurs de trouver un plan d’aménagement,
des routes, l’électricité, le téléphone.
Qu’on sache, ensuite, que dans cette zone, il y a une
capacité d’accueil de tant de lits, tant de chambres.
Donc avec l’objectif que nous nous sommes fixé
pour l’an 2010, nous savons précisément
qu’actuellement, nous serons à 670 voire 700
000 touristes en fin 2003, si la tendance se maintient. Les
statistiques du ministère sont parfaitement maîtrisées.
Nous sommes même en train de changer les fiches de débarquement
à l’aéroport, pour une meilleure maîtrise
de nos données. Je peux vous assurer qu’il y
a actuellement un travail qui est en train d’être
mené avec la coopération française dans
le cadre de la réorganisation du ministère pour
affiner les données statistiques, mais aussi pour mettre
en place une direction de la planification. Ces nouvelles
données vont être bientôt publiées
et seront accessibles à tous.
Carte touristique et agenda culturel
La carte touristique du Sénégal est maintenant
disponible. Où que vous descendiez, vous pouvez la
consulter pour voir quelles sont les zones à vocation
touristique. Mais les zones connues sont le Sud et Saly. C’est
justement une des raisons de ma visite dans la région
de Saint-Louis pour montrer que nous avons d’autres
potentialités non exploitées. Il nous faut aller
vers ces régions montrer à l’opinion internationale
nos potentialités et bâtir un plan de communication
pour qu’on sache à l’extérieur que
le Sénégal, ce n’est pas uniquement le
balnéaire, qu’il y a l’éco-tourisme,
le culturel, la chasse, la pêche sportive et le golf.
Avec la diversification des produits, nous sommes sûrs
de développer un tourisme haut de gamme et un tourisme
d’affaires. Il appartient à l’Etat d’accompagner
les professionnels qui ont l’obligation de promouvoir
la destination régionale avec des offres complètes
et de fidéliser leur clientèle. Il reste, s’agissant
des manifestations, qu’il faut aussi avoir un agenda
culturel pour l’ensemble du Sénégal afin
que nos les ministères du Tourisme et de la Culture
puissent le mettre à la disposition de tous ceux qui
veulent venir au Sénégal. Il s’agira de
maîtriser toutes les manifestations culturelles organisées
chez nous. Saint-Louis et la diversification Il nous fallait,
après Ziguinchor, Cap Skiring, Tambacounda où
nous avons lancé l’année internationale
de l’éco-tourisme, choisir une ville et une région.
Pourquoi Saint-Louis? Saint-Louis avec son histoire, sa place
dans les arts, sa position dans le cadre de la diversification
de nos produits, avec l’île classée patrimoine
mondial de l’Unesco, est une destination à promouvoir
et, à travers la destination régionale, la destination
du Sénégal. C’est une raison fondamentale
pour montrer, d’abord, le produit culturel et, au-delà,
montrer qu’il y a d’autres produits qu’on
peut exporter comme l’éco-tourisme. On doit aussi
créer pas les conditions de faire du balnéaire,
par exemple, avec ceux qui sont installés sur la langue
de Barbarie. Il faudrait la volonté politique et celle
des acteurs pour qu’ensemble nous puissions voir plusieurs
produits dans la région de Saint-Louis. Il ne s’agit
pas seulement de la ville, mais de toute la région.
Ce qui justifie notre déplacement à l’intérieur,
parce que la présence d’un conseiller technique
français et le financement par la coopération
française de la réhabilitation du patrimoine
culturel justifient aussi que nous saisissions cette occasion
pour rendre plus visibles nos actions dans la région.
Le gouvernement a donc décidé l’ancrage
du tourisme dans la région de Saint-Louis. Mais, d’une
manière générale, nous voulons développer
toutes les zones à vocation touristique actuelles.
Nous avons aussi l’ambition, dans la nouvelle politique,
d’ouvrir d’autres zones à vocation touristique.
Pour cela, nous avons déjà discuté au
niveau de la Sapco sur les aménagements à Ndayane
et Pointe Sarène où les études vont démarrer
bientôt. Nous sommes en train de réfléchir
sur un plan d’action pour les autres zones à
aménager. Toutes les zones identifiées seront
délimitées, immatriculées au nom de l’Etat,
et c’est à partir de ce moment-là qu’on
pourra les sécuriser afin d’éviter l’anarchie
qui règne dans certaines zones à vocation touristique.
La Maison du Sénégal
Que ce soit la Maison du Sénégal ou l’Office
du tourisme, peu importe. L’essentiel, c’est le
contenu. Une volonté a été clairement
affichée lors des journées de concertations
de mars 2002 pour la mise en place d’une Maison du Sénégal.
Je ne sais pas comment on en est arrivé à cette
appellation. Mais, à l’heure où je vous
parle, tous les ministres doivent avoir reçu un dossier
venant du ministère, par l’intermédiaire
du secrétariat général du gouvernement,
parlant de l’Agence de promotion touristique. Quel que
soit le nom, cette structure sera chargée désormais
de promouvoir la destination du Sénégal en association
avec les professionnels du secteur. Il n’appartiendra
pas uniquement à l’Etat de le faire, parce que
le développement du tourisme se fait toujours avec
les professionnels. Ce qui est important, c’est le contenu.
Cette Maison du Sénégal (ou agence ou office)
verra le jour très bientôt. Tout dépend
des procédures qui prendront environ deux mois. *Tourisme
durable et implication des collectivités Quand on parle
de développement d’un tourisme durable, il est
évident que les collectivités locales, les communes
ont un rôle à jouer. Il y a des choses qui relèvent
de leurs compétences. Cette collaboration que nous
voulons avec les collectivités locales permettra aux
populations d’en être les principaux bénéficiaires.
ASSAINISSEMENT DU SECTEUR
La concurrence déloyale dans l’hôtellerie
Devant la concurrence déloyale dénoncée
par les hôteliers, j’ai été le premier
à parler de réorganisation et d’assainissement
du secteur. Mais le problème fondamental identifié
est une absence de réglementation de l’hôtellerie.
J’ai demandé, par écrit, à tous
les acteurs concernés la régularisation de tous
les établissements sur le territoire national. Au lendemain
de ma nomination, je n’ai pas trouvé un seul
texte qui organise le secteur. Chaque Sénégalais
avait la liberté d’écrire au ministère
de l’Intérieur pour lui demander une licence
de débit de boissons. Juridiquement, je n’ai
pas le droit de fermer ceux qui fonctionnent sur cette base.
Aujourd’hui, vous avez dans les circuits d’approbation
tous les textes portant réorganisation du département
et du secteur. Aucun Sénégalais et aucun étranger
désormais ne pourra ouvrir un hôtel au Sénégal
sans une autorisation du ministère, après une
enquête de moralité. Les textes seront approuvés
très bientôt. Cela est valable pour tous et l’on
ne parlera même pas d’hôtels, mais de réceptifs
hôteliers. Le ministère a une lettre de mission
très précise. Au-delà de l’existence
d’une Direction qui s’occupe de professions et
activités touristiques, on ne travaillera pas uniquement
sur la base de normes établies. Parce que derrière
cette question liée à la concurrence déloyale,
il y a la qualité des produits afin que le Sénégal
soit véritablement un pays de référence.
La situation des enfants L’Etat du Sénégal
va appliquer les recommandations issues de la Conférence
sur l’exploitation sexuelle des enfants en Afrique.
L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) avait choisi
notre pays pour organiser cette rencontre. Les recommandations
de ce séminaire ont été approuvées
par le Secrétariat général de l’OMT.
L’Etat du Sénégal a approuvé la
semaine dernière (début du mois de décembre),
par le biais du chef de l’Etat, ces recommandations.
Nous allons les appliquer sur l’ensemble du territoire
national. Mais cela se fera d’abord dans le texte réglementaire
qui va être approuvé pour réorganiser
tous les réceptifs hôteliers. L’obligation
sera faite à tous les acteurs de veiller sur ce phénomène
dans les zones à vocation touristique. La police touristique,
qui va être installée très bientôt,
aura aussi pour mission d’y veiller. Il s’agira
non seulement d’arrêter et de condamner tous les
auteurs, mais aussi de procéder et de demander la fermeture
des réceptifs qui ne respecteront pas ces dispositions
réglementaires. Il n’est pas question que ce
fléau, qui gangrène actuellement le monde, s’exporte
au Sénégal. On ne l’acceptera pas. Sur
ce plan, le chef de l’Etat est très clair et
nous veillerons à l’application de ses directives.
Le ministère de l’Intérieur est conscient
des problèmes que nous avons pour éradiquer
ce fléau et j’ai demandé que la Brigade
des mœurs fasse son travail, que la police touristique
fasse son travail. Ensemble, nous pourrons régler beaucoup
de problèmes. Et il n’y a pas d’exception
entre Saint-Louis et d’autres zones. Il n’y a
pas deux politiques touristiques. Je veillerai personnellement
dans toutes les zones à vocation touristique sur l’application
stricte de la nouvelle politique touristique. Après
Saint-Louis, j’irai avec ma délégation
à Saly. Toutes les mesures appropriées seront
prises. Que cela soit clair en direction de ceux-là
qui ont des réceptifs hôteliers, qui ont des
villas et qui font de la para-hôtellerie : nous mettrons
fin aux pratiques inacceptables dans ces résidences,
cette saison. Que ceux qui sont protégés sachent
que la récréation est terminée.
Le tourisme sexuel
Nous avons, pendant deux ans, fait le diagnostic du secteur.
Nous sommes maintenant dans une phase d’application
de nouvelles politiques. Nous devons être en mesure
d’assainir le secteur touristique et de faire en sorte
que la destination du Sénégal soit celle d’un
pays émergent. Nous devons être vigilants sur
tout, veiller aux intérêts du pays et veiller
à ce que les retombées du tourisme soient profitables
au Sénégal. Comme je l’ai déjà
dit à l’Organisation mondiale du tourisme, le
Sénégal n’est pas et ne sera pas une destination
du tourisme sexuel. Il faut qu’on s’entende sur
la définition. Parce qu’une destination de tourisme
sexuel suppose qu’à partir du marché fournisseur,
vous puissiez affréter un avion avec des gens qui viennent
pour satisfaire un besoin, comme pour faire du golf, de la
pêche ou autre chose. Faisons la différence entre
la prostitution et le tourisme sexuel. De même, l’exploitation
des enfants, ce ne sont pas les touristes uniquement qui le
font. C’est un fléau que nous devons tous combattre.
Au Sénégal, nous avons tous l’obligation
de veiller à ce que dans les réceptifs hôteliers
ou aux environs, le tourisme sain commence par la protection
des populations. Qu’on ne laisse pas n’importe
qui y faire n’importe quoi. Nous disposons justement
de la Charte du tourisme qui est un engagement des professionnels
pour la protection de l’environnement et le développement
d’un tourisme sain.
SUR LA DESSERTE AERIENNE
Le transport aérien accompagne le développement
du tourisme dans tous les pays du monde. En effet, quelle
que soit la politique de communication, la participation aux
salons, aux foires, si nous n’avons pas de compagnies
aériennes et des partenaires pour affréter des
avions, le problème restera entier. C’est dire
donc que le transport aérien occupe une place extrêmement
importante dans le développement du tourisme au Sénégal.
Il y a bien sûr la route. Mais en matière d’accueil,
il faut créer les conditions d’accessibilité
par voie aérienne pour les touristes qui choisissent
de visiter le Sénégal. Nous souhaitons, dans
le cadre de la diversification des produits, que des vols
directs de ces pays puissent desservir le Sénégal.
Le ministère du Tourisme a pour mission principale
de promouvoir la destination du Sénégal. La
promotion touristique, c’est un tout. C’est la
participation à des salons, mais aussi créer
des conditions favorables pour attirer le maximum de touristes
au Sénégal.
FARA SAMBE
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