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PARC NIOKOLO-KOBA : QUELLE GESTION POUR LE PARC ? Les populations contre la privatisation

Les populations riveraines sont contre la privatisation du Parc National Niokolo-Koba (PNKK). À la place, elles souhaitent une cogestion.

Unanimement, les personnes interrogées sont préoccupées par l’annonce de la privatisation du parc lors de différentes rencontres à Tamba ou ailleurs. On se rappelle que plusieurs fois, dans des discussions informelles, la privatisation du PNNK était à l’ordre du jour. La dernière rencontre initiée par le ministère de l’Environnement et de la Protection de la Nature, en janvier dernier, avait permis aux différents intervenants de discuter de ce processus.

D’abord, entre 1926 et 1969, le Niokolo-Koba a connu plusieurs mutations avec les changements de statuts et son extension. C’est par la suite qu’il a intégré le réseau de l’UNESCO. Ce qui lui donne un statut international, aujourd’hui. Neuf Communautés Rurales des départements de Tambacounda, Kédougou (région de Tambacounda) et Vélingara (région de Kolda) se disputent la paternité du parc.

On note également la participation des populations de Communautés Rurales non-immédiatement mitoyennes. C’est le cas de Bani Israël. Des troupeaux sont souvent acheminés dans le parc vers le secteur de Mansadala. Dans cette périphérie, la gestion des ressources naturelles est placée sous la tutelle de l’inspection des Eaux et Forêts et des collectivités locales, indique une source officielle.

Pour Mady Ndiaye, habitant à Dialokoto et président de la section régionale de l’Association des Amis de la Nature, la privatisation souhaitée par certaines personnes n’arrangerait pas les populations. Mady Ndiaye argumente : " au sein de la population, nous avons senti une démission de l’État et, aujourd’hui, nous préférons une cogestion du parc entre les trois entités que sont l’État, les populations et les privés ". Pour lui, peu importe l’appellation qui sera donnée au nouveau comité : " il s’agit de mettre en synergie toutes les compétences pour que les populations collent à ce Patrimoine mondial ".

Et Mady Ndiaye de constater que : " seule la Fondation Brigitte Bardot et l’Israélien Bill Clark soutiennent l’institution, en offrant des véhicules et autres dons ". Aujourd’hui, Mady Ndiaye souhaite une plus grande implication de l’État pour que le parc retrouve son vrai visage.

Au passage, il signale que, depuis plusieurs années, les effectifs chargés de la surveillance diminuent et qu’il y a une volonté manifeste d’écarter les populations de la gestion. " Nous ne sommes pas consultés et, récemment, nous avons constaté le démarrage d’un projet à Madina Couta ", poursuit-il.

Selon le président de la section régionale des Amis de la Nature, dans toutes les discussions dans les villages : " les populations évoquent la privatisation et se disent prêtes à se s’opposer à un tel projet ". D’ailleurs, révèle-t-il : " quand le ministre de l’Environnement et de la Protection de la Nature est venu assister à la clôture des manœuvres militaires, il avait assuré aux populations qu’il n’y aurait pas de privatisation ".

Pour notre interlocuteur, les populations ont pris l’engagement de lutter contre le braconnage. Ces opérations de destruction de la forêt et de la faune, dit-il, sont le fait d’individus venant de pays limitrophes qui connaissent bien le terrain en y campant pendant plusieurs jours. Il fait le constat suivant : " Il arrive que des braconniers campent dans le parc pendant plus de deux semaines avec tous les équipements nécessaires, sans être repérés par les gardes nationaux, ni par les populations riveraines avec un matériel de qualité comparable à celui de l’Armée nationale ".

Ce Patrimoine mondial, ajoute Mady Ndiaye, est un bien que les populations respectent. " Je vous donne un exemple. Les guérisseurs utilisent les arbres pour soigner nos malades. Quoi de plus naturel pour nous de protéger ce parc ? " .

Aujourd’hui, souligne Mady Ndiaye, toutes les populations souhaiteraient voir les enfants du terroir bénéficier des emplois créés par certains projets. Chaque année, rappelle-t-il, on fait appel aux populations pour réhabiliter l’unique piste de production qui permet d’accéder au parc à partir de la porte officielle.

Un autre habitant de Dialokoto, Kaly Camara, lui, dirige l’association des guides. Il déclare d’entrée : " je suis d’accord avec ceux qui dénoncent la privatisation pour plusieurs raisons ". Pour Kaly Camara : " si un privé arrive, il prendra des dispositions spéciales qui ne feraient pas l’affaire des populations ".

Il se rappelle que le 1er avril 1976, le village de Badi a été déguerpi du Parc et la clôture devait faire marche arrière un an après. Pour cet habitant de Dialokoto, les cultures n’occupent les paysans que 2 à 3 mois l’année et si la privatisation est effective, les populations ne bénéficieront plus des retombées du parc. Les populations, selon lui, ont beaucoup contribué à mettre fin aux actes des braconniers, en prenant des risques pour dénoncer ceux-ci auprès des autorités administratives et les gardes de la faune. Interrogé sur l’avenir du parc, Kaly Kamara s’explique : " je tire beaucoup de ressources de cette réserve naturelle. À chaque fois que des visiteurs viennent ici, notre réseau de guides est sollicité et nous mettons à leur disposition un guide pour faire avec eux le tour dans un véhicule. Je vous assure que le guide désigné est responsable de tout acte commis par le visiteur et, au retour, il est tenu de rendre compte au chef de poste ".

Cette collaboration des guides est, pour lui, un acte d’engagement et de responsabilité face à la nature que les populations ont intérêt à protéger pour les générations futures.

Lamine Konté, conseiller rural de Dialokoto, abonde dans le même sens que Kaly Camara. Il indique que pour la sauvegarde du patrimoine, il faut une conservation de la biodiversité avant d’ajouter : " du matin au soir, je sensibilise les populations sur l’intérêt du parc, car sans arbre, il n’y a point de vie ".

S’expliquant sur la privatisation, il rappelle que le ministre de l’Environnement, Modou Diagne Fada, avait bien rassuré les populations sur cette affaire. À ses yeux, le problème le plus important, c’est de lutter contre le braconnage. Pour y parvenir, il pense que des projets viables et rentables devraient être présentés aux populations. Un des aspects les plus importants, selon lui, c’est l’implication des médias dans les campagnes de sensibilisation en langues nationales.

" Je pense qu’aujourd’hui, les médias publics et privés devraient être les premiers partenaires du parc, pour que les populations puissent mieux comprendre l’intérêt qu’il y a de préserver ce trésor qui est à leur disposition. " Si les médias nous offraient des tribunes d’expression, nous pourrions mener une vaste campagne de dénonciation des braconniers et une plus grande sensibilisation des populations pour la protection des ressources naturelles ", a encore déclaré le conseiller rural.

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