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PARC NIOKOLO-KOBA : LIEUTENANT BOCAR NDIAYE CONSERVATEUR
DU PARC : « Les cultures de la banane et du coton menacent
le Niokolo-Koba »
Quel est l’état des lieux du Parc National Niokolo-Koba
?
Je dois dire que depuis la création du Parc, aucune
espèce déclarée n’a disparu. Le
potentiel est bien là. Il y a de la végétation.
À la périphérie, compte tenu de la pression
des populations sur le bambou et les rôniers, ces espèces
sont en train de disparaître. Ces produits à
usage domestique sont vendus dans les centres urbains, à
Tambacounda, à l’intérieur du pays et,
parfois, dans des pays voisins.
À l’intérieur du Parc Niokolo-Koba, nous
utilisons les bambous pour les claies ou " crintins "
et des perches. La forte utilisation de ces arbres par les
populations a favorisé la régression du peuplement
des bambous. En dehors du Parc, les exploitants bénéficiaient
d’un quota alloué par le service régional
des Eaux et Forêts et ses démembrements dans
les départements et arrondissements. Actuellement,
les populations vont dans le parc pour y chercher les produits,
comme le rônier. Avant le début dans l’exploitation
clandestine, une belle formation existait au Nord dans la
forêt classée du " Ndiambour ", le
long des principaux cours d’eau comme le Niériko,
la Gambie, la Koulountou (limite de la Casamance) et au Sud
du Parc, dans la sous-Préfecture de Salémata.
Il faut également dire que, selon la zone, la pression
diffère. Par exemple, au Sud, les rôneraies sont
soumises à la pression de ceux qui tirent du vin des
rôniers. Ce qui entraîne le dépérissement
ou la mort de l’arbre. Dans les chantiers d’extraction
du vin, il y a un cimetière de rôniers sans couronne
qui s’élargit au fur et à mesure que la
pratique gagne du terrain. Ceux qui font la saignée
ciblent les rôniers adultes (50 à 70 ans), détruisent
les semenciers et, à la longue, il n’y aura plus
de régénération.
Vers le Nord, on abat systématiquent les rôniers.
Des exploitants clandestins recrutent des manœuvres au
sein de la population locale et commanditent des opérations.
Ces opérations étant bénéfiques
aux populations, elles n’hésitent pas à
y adhérer et gagner ainsi leur vie en toute tranquillité.
Peut-on savoir d’où viennent ces agresseurs
de la forêt ?
Je dois dire qu’ils sont bien de la région de
Tambacounda et du département de Vélingara (région
de Kolda), et plus précisément de Médina
Gounas surtout. Nous avons constaté que les produits
sont acheminés en Gambie ou au Nord du Sénégal.
Ces fossoyeurs bénéficient souvent de la complicité
de certaines personnalités et se constituent en réseau
organisé. Ce qui facilite l’écoulement
des produits. Il y a également des exploitants qui
viennent de la partie frontalière sénégalo-guinéenne
par pirogue ou charrette, à dos d’âne ou
à vélo, pour entrer dans le parc à partir
de Vélingara.
Aujourd’hui, quelle est la situation de la faune ?
Le premier constat est qu’il faut dire que la population
globale est en régression. Cela s’explique par
plusieurs facteurs. D’abord le plus important, c’est
le braconnage. Ensuite, il y a la dégradation des conditions
climatiques qui a entraîné l’assèchement
des eaux et la rareté des pâturages herbacés
dans les bas-fonds. Avant, les mares avaient de l’eau
pendant 6 à 7 mois, tandis que maintenant, elles ne
jouent plus leur rôle. Nous avons remarqué que
les braconniers ciblent les antilopes et les buffles. Avec
l’usage des armes de guerre sophistiquées (des
kalachnikovs) par des bandes en provenance des pays limitrophes,
en plus des résidents, nous assistons à de véritables
échanges de tirs entre les braconniers et les gardes
du parc. Il y a des personnes qui sont spécialisées
dans le braconnage et au moment où on met en œuvre
un programme d’accompagnement dans les localités
de la périphérie du parc, il y a toujours des
récalcitrants. Toutefois, de bons résultats
ont été enregistrés avec le travail de
sensibilisation mené pour décourager ces pratiques.
Nous remarquons, qu’une bonne partie des braconniers
vient des autres pays de la sous-région. Les affrontements
armés sont très fréquents. Dès
qu’ils voient les gardes, les braconniers tirent sur
eux. Il n’y a pas de négociations directes entre
les braconniers et nos hommes. Nous menons des patrouilles
en permanence, nuit et jour, et les résultats enregistrés,
depuis quelque temps, sont très encourageants. Les
indices de présence des braconniers ont réellement
baissé. Il nous arrive d’organiser mensuellement
une patrouille " sol-air ". C’est la direction
des Parcs Nationaux depuis Dakar qui affrète un avion
avec le soutien de l’USAID. L’essentiel, pour
nous, c’est de décourager le braconnage.
Avez-vous les ressources humaines nécessaires pour
garantir la sécurité du Parc ?
Nos effectifs sont constitués de plus de 80 agents,
répartis sur le terrain dans différents postes
de garde pour assurer la surveillance et sensibiliser les
populations au niveau de la périphérie. Cependant,
depuis 1980, il n’y a pas eu de grands recrutements
et les effectifs ont chuté. Une bonne partie du personnel
(80 %) est vieillissante. Nous avons fait recours aux appelés
de l’Armée nationale. Ces auxiliaires font une
durée légale de deux ans au parc. C’est
en 1995 que nous avons reçu le premier contingent.
Depuis lors, nous en recevons tous les deux ans. Vous avez
vous-mêmes constaté sur place qu’il y avait
des appelés en formation à notre écomusée.
Ils ont reçu une formation complémentaire avec
l’appui des sous-officiers et des cadres. Toutefois,
je dois ajouter que c’est la prise en charge de ces
nouvelles recrues qui pose problème.
Au plan financier, peut-on savoir les recettes obtenues annuellement
? Le Parc est-il bien fréquenté par les touristes,
mais surtout les nationaux ?
Actuellement, les recettes s’élèvent
à 12 millions de francs l’année. Pour
plus de revenus, il faudrait de nouveaux aménagements
dans le Parc, avec notamment une infrastructure hôtelière
à la dimension du Parc Niokolo-Koba. Lorsque des touristes
viennent dans un grand Parc, il leur faut découvrir
un bon milieu avec des infrastructures hôtelières
accueillantes. Il y a aussi comme obstacle au développement
des recettes, la rareté du lion, de l’éléphant,
l’impraticabilité des pistes d’août
à juin. Par exemple, sur 800 km de piste, seuls les
100 km sont praticables pendant l’hivernage. Il faut
améliorer les pistes, les infrastructures hôtelières,
réaliser des miradors adéquats, assurer la remontée
biologique au niveau de la faune pour attirer beaucoup plus
de touristes...
Quelles sont vos relations avec les populations de la périphérie
? Y-a-t-il des projets en leur faveur ?
Il faut signaler qu’il y a une zone amodiée,
destinée à la chasse avec forme de transhumance.
Nous assistons, très souvent, après chaque hivernage,
aux alentours du parc, à une forte présence
du bétail venant du Nord entre décembre et juin.
Pourtant, il est interdit de divaguer dans le Parc, pour éviter
la contamination de la faune. Il y a aussi une forte présence
des agriculteurs qui empiètent sur le parc avec ses
terres fertiles. De nouveaux villages se créent. Leurs
habitants viennent des régions de Thiès, Diourbel,
Fatick et Kaolack, et cultivent surtout de la banane. Aujourd’hui,
le challenge, c’est de préserver le parc face
aux cultures industrielles de la banane, l’avancée
du front du coton et, surtout, du charbon.
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de Jacques Biès
LIEUTENANT BOCAR NDIAYE
CONSERVATEUR DU PARC : «Les cultures de la banane et
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