Alerte pour le tourisme et aux agents de
voyages
Le secteur économique du tourisme est extrêmement
tributaire d’événements imprévisibles,
tant au niveau national (stabilité politique,
économique) qu’au niveau international
(attentats, épidémies, crise économique).
Au cours des deux voire trois prochaines années,
le Sénégal va organiser des élections,
législative puis présidentielle. Ces préparatifs
mettent souvent les pays réceptifs de tourisme
dans un état de stand-by, dû à beaucoup
de facteurs imprévisibles. On se rappelle de
l’an 2000, où les résultats du tourisme
sénégalais avaient atteint un niveau très
bas.
Nous avions espéré un rebondissement de
l’activité touristique après ces
élections (où le Sénégal
avait donné au monde entier, une leçon
de transparence, de paix et de démocratie), que
notre tourisme serait au rendez-vous de nos espoirs,
mais hélas !
Cette année, nous craignons que les préparations
aux prochaines élections de 2006 et 2007, ne
viennent définitivement mettre à genoux,
cette activité de tourisme, dont un segment important
risque de disparaître, si l’on n’y
prend garde ; et s’y ajoute le problème
de choléra qui sévit actuellement, en
cette période de haute saison.
Depuis quelques années, la profession d’agent
de voyages sentait venir cette mutation et devait se
préparer pour faire face à la concurrence
toujours croissante d’Internet, revoir sa politique
de croissance et de rémunération pour
l’adapter à celle des compagnies aériennes,
qui ont décidé de supprimer la commission
des agents de voyages, qui doivent encore accroître
leur rentabilité pour faire face aux aléas
conjoncturels, par l’apport de nouvelles activités
à valeur ajoutée qui puissent compenser
la perte au niveau des commissions, en plus de relever
les défis technologiques qui s’imposent
à leur environnement.
Ceci est obligatoire voire indispensable, si l’agent
de voyages souhaite se maintenir, ce qui oblige l’Etat,
les pouvoirs publics et les établissements bancaires,
à revoir leur copie, les textes et règlements,
en envisageant un nouveau partenariat dynamique permettant
aux agents de voyages de passer cette étape difficile,
qui n’est pas une reconversion, mais plutôt
une diversification de leurs activités.
Un crédit taillé sur mesure et une banque
commerciale qui connaît bien les problématiques
et les défis du nouveau tourisme, pour proposer
au secteur du voyage, un ensemble de solutions adaptées
et répondre à la situation actuelle posée
par ces profondes mutations.
Ainsi, l’octroi de prêts à moyen
et long terme, de crédit-bail immobilier et mobilier,
de l’accompagnement au crédit fournisseurs,
au découvert bancaire, est plus que nécessaire.
Des solutions et des propositions ne manquent pas, surtout
dans le domaine des services de télécommunications,
où l’agent de voyages peut à la
fois, offrir des services de voyages mais également
des services de téléphonie sur Internet,
de vente de cartes téléphoniques prépayées,
ainsi que la vente de coupons d’assurances voyage,
dont l’exclusivité doit leur revenir, de
journaux et de magazines, de vente de cigarettes, de
souvenirs, d’articles de parfumerie.
Et en redynamisant l’activité d’organisation
de conférences, de séminaires, de colonies
de vacances, d’excursion etc... et tant et tant
d’autres activités commerciales, compatibles
avec son environnement et les besoins de la même
clientèle, que l’agent de voyages est prêt
à accepter et à exercer, si l’autorité
lui en donne l’occasion. On assistera à
une nouvelle forme d’agent de voyages qui à
la fois, conseille, propose et vend aux touristes et
voyageurs, des produits de qualité qui assurent
le plaisir et la sécurité.
On pourrait retrouver sur le marché, des agences
de voyages doublées de galeries d’art ou
de parfumerie, de tabacs, de téléservices,
de taxiphone, de cybercafé, d’activité
de change et de salon de coiffure.
Maintenant, la question de la caution de l’IATA
va se poser, ainsi que la notion de responsabilité
de l’agent de voyages vis-à-vis de son
client et par rapport à la compagnie aérienne,
et aux tours opérateurs, ainsi que les autorisations
liées à l’activité de bureau
de change.
Il est certain que nous devons aller vers l’élaboration
d’un nouveau statut et d’une nouvelle réglementation
de l’activité de l’agent de voyages,
pour sécuriser davantage la profession, mais
aussi lui donner une chance pour saisir les nouvelles
opportunités créées par Internet,
pour aller à la conquête de tous marchés
potentiels pouvant lui garantir des gains et des parts
de marchés à travers le monde.
Le syndicat des agents de voyages, qui brille par son
silence et sa monotonie, doit profiter de ces mutations
pour organiser une grande rencontre, une concertation
qui devra aboutir sur des conclusions et à des
recommandations, qu’il faudra remettre à
l’autorité de tutelle pour qu’ensemble,
nous traversions tous ces moments difficiles à
venir, et pour lesquels il faudra donner une place importante
aux femmes du secteur du tourisme, qui sont dynamiques,
entreprenantes, et capables d’assurer et d’assumer
le destin de la profession d’agent de voyages
et du secteur en particulier, vers des changements positifs.
Je lance un appel à toutes les femmes du secteur,
afin qu’elles se montrent plus déterminées
que jamais et engagées à relever les défis
que sont la compétitivité, la qualité
totale du service et l’innovation, pour que survive
le métier du voyage, qui se distingue aujourd’hui
dans un marché physique et un marché virtuel,
dont l’évolution vers un concept de «
méta marché », semble guider le
choix du consommateur vers un seul interlocuteur. «
Méta marché » est un ensemble de
produits et services complémentaires, qui sont
liés dans l’esprit du consommateur, et
qui peuvent être négociés auprès
d’un seul interlocuteur.
Dans l’industrie touristique, l’agent de
voyages joue le rôle du détaillant ; c’est
un rôle spécifique dans la distribution
du produit touristique. Il est la source d’information
et de conseil pour le client ; il arrive même
à influencer son choix sur la destination. C’est
cette influence de l’agent, qui rend le segment
tourisme dans les pays émetteurs très
important, en dehors de la billetterie. L’agent
peut faire du tourisme en solo, ou à partir d’un
réseau, pour commercialiser l’offre de
tours opérateurs. Ce qui semble ne pas être
le cas pour les pays récepteurs, comme le SEN
EGAL, où il devrait y avoir autant d’activités
d’agences réceptives que d’agences
de voyages, car en réalité, l’agent
réceptif n’est pas un détaillant,
il peut ne pas vendre de la billetterie ; son activité
de production intègre, sur le plan local, différents
services touristiques (hôtel, restauration, excursions,
transport local, assistance aéroport etc...),
sous la forme d’un forfait qui est vendu aux producteurs
de voyages. Ceux-là reprennent l’offre
en y ajoutant le volet aérien, puis revendu par
leur propre réseau ou les réseaux d’agents
de voyages du pays émetteur.
Cela nous amène à réfléchir
et à revoir notre stratégie et politique
touristique du moment, qui n’est malheureusement
pas en adéquation avec notre position de pays
récepteur.
La mesure de la commission zéro ne devrait pas
trop nous toucher, si nous mettons en valeur nos compétences,
notre savoir-faire. En ajoutant quelques services annexes
compatibles, ce mouvement de commission zéro
aura fait plus de peur que de mal. Il reste cependant
fondamental que cette option ne peut prospérer
que dans la mesure où les hôtels, les autocars,
sont sous le contrôle et la maîtrise des
professionnels sénégalais ; ainsi, l’éternelle
question ! ou handicap de notre tourisme se pose, non
pas sans trouver de solutions, mais par un manque de
visions de moyens et de volonté politique.
Au-delà de cet aspect du problème des
commissions, qui seront étendues plus tard aux
loueurs de véhicules, aux hôteliers et
aux tours opérateurs, c’est notre tourisme
qui est malade ; malade parce que ceux qui doivent le
vendre ne le vendent pas, malade aussi parce que la
facilité avec laquelle le touriste doit accéder
à notre produit et en jouir est absente. Cette
accessibilité du produit à travers le
réseau de distribution et de vente, n’est
pas maîtrisée, et une distinction particulière
d’une extrême importance est souvent négligée
par méconnaissance ; il s’agit de la sélection
des canaux de distribution et de la gestion des intermédiaires,
qui subissent à la fois l’influence des
nouvelles technologies de l’information (e-tourisme,
e-commerce), et celle d’une concurrence de plus
en plus intense, qui doit faire appel à beaucoup
de vigilance sur la qualité des services, de
l’information, et à une stratégie
marketing ouverte sur le portail du e-tourisme, à
travers un site Internet de qualité, fiable et
répondant à la demande des internautes,
et qui favorise un retour positif de notre tourisme,
qui, rappelons-le, oscille toujours entre cinq cent
mille et sept cent mille touristes par an.
MOUHAMED FAOUZOU DEME
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