NEWS DU TOURISME AU SÉNÉGAL
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TOURISME

Un secteur extraverti mis à genoux par des expatriés.

Le Sénégal est loin des réalités qui combinent sécurité, confort et rentabilité en matière de tourisme. Dans un document intitulé Le tourisme sénégalais vu par un professionnel du secteur privé remis au président de la République et au ministre de tutelle, Mouhamed Faouzou Dème n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour faire un diagnostic sans complaisance de la situation qui prévaut aujourd’hui dans le secteur du tourisme.
Le secteur du tourisme est extraverti et le gouvernement doit accepter de faire des sacrifices pour renverser la tendance qui consiste à faire en sorte que l’essentiel des activités soit entre les mains de nationaux. Tel est le diagnostic fait par Mouhamed Faouzou Dème, spécialiste du e-tourisme, des questions de marketing et de promotion, par ailleurs directeur général de Maison du Sénégal, administrateur provisoire de l’hôtel Savana Koumba. Selon lui, la situation du secteur n’a guère évolué. “Nous avons salué par le passé, les performances de notre tourisme, car c’était une destination nouvelle, un soleil d’hiver pour les Européens amateurs de balnéaire et de farniente, un produit nouveau alors, mais qui a atteint ses limites à force d’usure dans un contexte mondial favorisé par de gros moyens, une diversification de l’offre, ainsi que la montée du e-tourisme, qui ont poussé notre tourisme vers la médiocrité. Un secteur longtemps détenu par des expatriés qui ont eux-mêmes fini d’amortir leurs investissements et préféré saborder la destination, plutôt que de céder leurs fonds de commerce aux personnels qui ont consenti tous les efforts louables pour enrichir ceux-là mêmes qui ont mis le tourisme à genoux”, déplore Mouhamed Faouzou Dème.
Selon l’auteur du document intitulé Le tourisme sénégalais vu par un professionnel du secteur privé Saly Portudal, jadis un environnement où il faisait bon vivre, où régnaient un calme et une paix qui faisaient rêver, est aujourd’hui entouré et envahi de structures et de personnes qui n’y ont ni leur place, ni leur raison d’être (résidences, villas, appartements commerces, etc. qui hantent et perturbent le sommeil de centaines d’exploitants et de touristes qui ne savent plus ou aller). “Alors, nous demandons aux autorités de faire le ménage et, à l’avenir, d’être vigilant et pragmatique. Le temps est venu pour que les autorités comprennent, car les professionnels eux, ont compris que le temps ne les attend jamais.” Dans sa “modeste” contribution, le spécialiste du e-tourisme, du marketing et de la promotion touristiques, propose une des “multiples” voies à suivre pour sauver le tourisme. Pour le directeur de Maison du Sénégal, l’heure de la mobilisation de toutes les forces du pays a sonné, afin de communiquer sur l’industrie touristique, qui est un fort potentiel de croissance, un pilier de taille sur lequel repose une partie de notre économie; au regard du volume important de devises, du nombre appréciable de postes d’emplois directs et indirects, des incidences sur les autres secteurs tels que l’agriculture, la pêche, le bâtiment, le transport, l’artisanat, et autres services consommés, tels que l’eau, l’électricité, le téléphone etc.… “L’Etat, par devoir et par respect envers ces milliers de personnes qui y travaillent, doit faire preuve de considération, afin d’apporter les réformes et les correctifs nécessaires au secteur du tourisme pour lui donner toutes les chances de réaliser des performances à même de favoriser la croissance économique dans le pays.” La conviction de Mouhamed Faouzou Dème est que notre tourisme n’est pas malade, on lui en demande trop. “L’Etat n’a pas mis de moyens, et ses infrastructures sanitaires, routières, sont inadaptées et inadéquates. A cela s’ajoutent une absence de politique de transport aérien, une promotion insuffisante et mal répartie et une politique de communication dépassée et souvent mal comprise.” De nos jours, la concurrence qui existe sur le marché du tourisme accroît l’importance du marketing au sein des organismes et activités touristiques, qui recommande une étude et une connaissance exacte des méthodologies et concept marketing, capables de nous orienter vers les voies les meilleures pour une gestion rigoureuse du tourisme sénégalais. “Certes, le tourisme sénégalais nous a séduits par le passé, mais ce qui s’est passé depuis 2000 à nos jours montre combien le tourisme est une activité complexe, qui se développe et qui évolue. Il est très sensible à ce qui se dit et se passe dans le monde, ce qui demande de la part des autorités, une grande vigilance et une bonne politique de communication et de marketing, tout en saisissant les événements exceptionnels tels que le football mondial, les jeux d’athlétisme, etc.” Le choix des événements sportifs en Europe et dans le monde (courses hippiques, pétanque, tennis, football, le rallye Paris-Dakar) peut participer à mieux vendre la destination. ”Il faut rebâtir le tourisme en partant d’éléments nouveaux et tenant compte de l’introduction des nouvelles technologies de l’information et de la communication, qui sont en phase de modifier complètement les comportements et les habitudes des consommateurs, qui n’achètent plus une destination, mais un prix d’abord, ensuite les activités de loisirs et les visites, pour peu que le pays se situe à quelques heures sans décalage horaire de leurs pays, et le tour est joué.”

Le produit balnéaire est saturé et concurrencé. Pire, les infrastructures existantes ne sont pas conformes à la qualité de service, d’environnement, de détente, etc., qui doivent accompagner le balnéaire. Le Sénégal a tout son potentiel de base et qu’il faut mettre les hommes, les moyens qu’il faut, là où il faut, quand il le faut. Partir avec des produits différents, variés et spécifiques au Sénégal. “L’Etat doit donner aux opérateurs, hommes d’affaires, commerçants et créateurs de richesses, les outils indispensables au développement des affaires et de se concerter de manière constante et transparente avec les vrais professionnels d’affaires.”

Par : Johnson MBENGUE
WALFADJRI - L'AURORE 20.07.2004

 

TOURISME EN LIGNE

Un marché prometteur
Le Sénégal gagnerait à explorer davantage la vente en ligne de la destination. Ce marché est prometteur et les chiffres en attestent.
Le Sénégal qui s’achemine timidement vers le marché du e-tourisme par la volonté de certains privés, en particulier à travers Senegal-online.com, crée en 1996, Soleildafrique, Senegal-contact, etc., gagnerait à explorer davantage la vente en ligne de la destination. Ce marché est prometteur, selon Mohamed Faouzou Dème. A titre d’exemple, il cite qu'en 2002, Senegal-contact a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 1 milliard 200 millions de francs Cfa sur internet. Les précurseurs du e-tourisme ont permis au Sénégal d’être présent sur certains moteurs de recherche, mais également de figurer sur les colonnes des sites les plus visités d’internet. “Le Sénégal gagnerait à valoriser et à soutenir ces initiatives privées qui, du reste, profitent à tout le secteur du tourisme”, soutient M. Dème. A titre illustratif, le marché des ventes de voyages en ligne est passé de 7,6 milliards d’euros en 2002 à 10,3 milliards d’euros en 2003. Les estimations pour 2004 tablent sur un volume de ventes de l’ordre de 12, 8 milliards d'euros et 15,2 milliards d’euros en 2005. Pour 2006, les prévisions concernant le volume du commerce de voyages en ligne en Europe vont de 17,6 milliards d’euros à 38,7 milliards d’euros. On observera donc une prudence certaine à l’égard des chiffres.
Par rapport au chiffre d’affaires global du tourisme estimé en 2002 à 202 milliards d’euros, les ventes en lignes représentent 3,6 % et en 2003 4,7 % de 219 milliards d’euros. Selon diverses prévisions, les ventes de voyages online passeraient à 5,7 % du total en 2004 et à 6,6 % du total en 2005. En 2003, les ventes directes des prestataires (transporteurs, hôteliers, etc.) représentaient 66 %, les intermédiaires (principalement agents de voyages) 34 %.

La distribution en ligne relève d’un petit nombre d’agences de voyages. Les principales entreprises de distribution online en Europe sont des spécialistes du e-tourisme/e-commerce. Il s’agit de Expedia, Lastminute.com, E-bookers, Promovacances, etc. Travelocity et Opodo ont une présence et un chiffre d’affaires sensiblement plus réduits. Les trois premiers distributeurs couvrent les principaux marchés de l’Union européenne, dans l’ordre la Grande Bretagne, le Danemark, la France, l’Italie, l’Espagne, avec une présence significative également en Scandinavie. “Tant Lastminute que E-bookers se sont développés via des acquisitions locales dans les pays où ils sont présents, autant la demande était visible et attendue.”

L’opération finalisée en octobre 2003 entre Expedia et Anyway.com et le partenariat avec la Sncf dont le site internet est de loin le n° 1 de la vente en ligne en France avec un chiffre d'affaires annuel de 470 millions d’euros en 2003 atteste de la rentabilité du e-tourisme. De son côté, Last minute, basé à Londres, a débuté son développement européen en 1999 en Allemagne et en Suède, suivi rapidement par le rachat de Degriftour en France, suivi les rachats de Travelprice, lui conférant notamment une présence belge. Travelocity, dont l’actionnaire est le Crs Sabre, est présente presque partout en Europe. En Allemagne, c’est notamment via Travel Overland que Travelocity est présent. Opodo, dont l’actionnariat est composé de neuf compagnies aériennes et par Amadeus 17 % est présente, elle aussi partout en Europe.

Après un lancement en force en 2001 en Allemagne et au Royaume-Uni, suivi par la France quelques mois plus tard, le développement d’Opodo est passé par des campagnes marketing massives dans les 3 pays concernés, afin d’acquérir une bonne notoriété. Par comparaison, on relèvera qu’aux Etats-Unis, trois acteurs principaux, Expedia, Travelocity et Orbitz totalisent 75 % du marché des agences de voyages online. “On notera par simple lecture que les géants du tourisme, de l’hôtellerie, et du transport aérien ainsi que les meilleurs tours opérateurs sont sur la toile et que de manière incontournable, les pays comme le nôtre devront trouver des liens voire des passerelles via ces leaders incontestable du marché du e-tourisme”, indique le spécialiste du e-tourisme.

Par : Johnson MBENGUE
WALFADJRI - L'AURORE 20.07.2004

FINANCEMENT DU SECTEUR
Ce qui plombe la participation des Sénégalais

Comment régler la problématique du financement des projets touristiques, liée notamment à la complexité du secteur sénégalais et à l’environnement mondial ? Telle est, entre autres, la préoccupation de M. Dème. “Il y a une absence d’appui du système bancaire sénégalais et d’organismes de financement spécialisés, ce qui ne favorise ni la participation ni l’implication d’hommes d’affaires sénégalais dans le secteur du tourisme, qui exige une politique d’engagement cohérente, rigoureuse et innovatrice.”
Cette politique, selon M. Dème, consiste en la création d’un fonds national d’investissement touristique, qui réunirait aussi bien les professionnels du secteur, les banques, les assurances, l’Ipres, que des entreprises nationales et la création d’une banque de développement aux activités touristiques. “Avec très peu de littérature, on arrive à faire l’état des lieux du tourisme au Sénégal.” Ce qui amène le spécialiste du e-tourisme, du markeking et de la promotion touristique à suggérer aux autorités à étudier et à voir les textes et le cadre réglementaire existants, le nombre et la qualité des infrastructures, le niveau de formation et la compétitivité de la destination, répertorier l’existant des zones à vocation touristique, réévaluer le montant de l’enveloppe financière (budget de l’Etat) à la promotion, et corriger les erreurs sur l’aménagement de certaines zones à vocation touristique. Selon lui, en observant le secteur du tourisme, on se rend compte qu’il y a plus d’agents de voyages, des non professionnels qui n’ont appris que dans le tas et autres informels qui ont envahi le tourisme. A cela, il faut ajouter un syndicat professionnel divisé, incompétent, dont la structure ne traduit que les ambitions de ceux qui la dirigent. “Avec un tel constat, il ne faut pas s’attendre à un secteur privé fort et dynamique, capable de comprendre les enjeux et les obligations que requiert le secteur du tourisme pour accompagner les efforts du gouvernement.” L’autre volet, ajoute-t-il, est que “nous avons des hôteliers dont nous ne pouvons pas dire clairement quelle option et quel type d’hôtel ils gèrent, et qui sont leurs clients potentiels. Il faut que la classification soit visible et reconnue : il y a des hôtels d’affaires, de congrès, de tourisme, de voyageurs, etc.”, indique-t-il. S’agissant des zones à vocation touristique, “il faut avouer qu’il n’y a pas vraiment de politique d’aménagement satisfaisante, à la hauteur de nos attentes.” La zone de Saly/Mbour, constate M. Dème, est un modèle dépassé, sans parler de l’anarchie qui entoure ce site et qui certainement, a des répercussions sur le taux de fréquentation de la destination. “Nous constatons dans les faits, l’inexistence de volonté politique soutenue et durable, tant dans le contenu que dans la forme en matière d’infrastructure de base, et qui a pour noms : routes, aéroports, hôpitaux, espace de loisirs, téléphone, électricité etc.…” Un début de changement, selon lui, se manifeste timidement, avec la dernière déclaration du président de la République de faire du tourisme, un potentiel et un levier de notre économie.

Par : Johnson MBENGUE
WALFADJRI - L'AURORE 20.07.2004